Blogue?
L'enfer, c'est les blogues Sartre avait raison : l’enfer c’est les blogues. On m’avait dit qu’il m’en fallait un. Que je n’avais pas le choix, que c’était incontournable, pour la simple raison que c’est la mode. Qu’il fallait même installer une mécanique pour relier la bébelle en temps réel sur Facebook, Twitter, LinkedIn, Viadeo et tutti quanti. Pour que le monde entier soit branché sur ce que j’écrirais dans ce foutoir. Au risque de passer pour une antiquité, un dinosaure, un réactionnaire, j’avais résisté. Ce serait idiot que j’aie un blogue : chaque fois qu’un client me parlait d’en rattacher un à son site, je lui suggérais systématiquement de ne pas s’aventurer là-dedans. Je lui disais qu’un blogue, ce n’est que la version moderne de ces newsletters que toute entreprise abandonnait jadis après trois ou quatre numéros accouchés aux forceps. Je lui disais que si l’habit fait le moine, il fallait tout de même voir à ce qu’il y ait un moine dans l’habit. J’avais fini par céder. Oh le con. Je me suis retrouvé client de moi-même. Avec le type même de mandat que je déteste : recevoir une maquette de deux pages avec un briefing de deux lignes. À moi de me démerder, de mettre du contenu dans le contenant, de trouver la manière de dire quelque chose alors qu’il n’y a rien à dire. Je fais marche arrière. Oui les zamis. Je m’installe confortablement dans ce que je maîtrise : la communication non pas forcée, improvisée et calendriée, mais la communication qui choisit à qui elle s’adresse et qui dit quand elle a quelque chose à dire. Depuis quelques années, j’écris un petit mot à mes clients de temps à autre. Sans obligation, sans calendrier. Ce n’est pas public : c’est privé. Ce n’est pas pour la planète : c’est pour eux. Et toujours, c’est que j’ai quelque chose à dire. Si vous voulez être sur la liste d’envoi, vous n’avez qu’à me le dire. Et toc.
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